DEUXIEME PRISE

Documentaire de 52'
Amp productions/cityzen TV
avec le soutien du CNC

 



Dans ce quartier du port du Havre, les façades des
maisons font grise mine et les bars fermentles uns après les autres.
La clientèle se fait rare car les navires restent
de moins en moins longtemps à quai et le plus souvent
loin de la ville avec des équipages réduits.
Le trafic des paquebots qui permettait à des milliers de familles
de dockers et de marins de vivre fait désormais
partie des souvenirs.


                                                                                 

 
Signe des temps, on a muré le bureau de la main d'œuvre.
Le symbole de la métamorphose est là, à des milliers d'exemplaires
parfaitement alignés sur les terre-pleins qui bordent les bassins.
Il s'appelle le conteneur et sert au transport des marchandises mais,
plus prosaïquement, on l'appelle aussi la boite. Au beau milieu
d'un quai cerné de vieilles usines, un terrain vague
sert de pied-à-terre à toutes les mauvaises herbes du quartier.
Dans les années 2000, si tout va bien, ce sera le logis de ceux
qui n'ont pas eu le permis de se construire un peu de bonheur.


 
 

 
L'univers d'un port sur fond de naufrage social, Daniel  l'a côtoyé de très près.
Marginalisé par le chômage, ce cadre commercial de 53 ans
fait une rencontre qui modifie le cours de sa vie.
Au cours de ses errances, il sympathise avec un homme
qui vit dans un conteneur sur le port sans eau ni chauffage par - 10 ° en hiver.
« Tous ces gens vivent comme des chiens à deux pas
 de chez nous, sous nos yeux ».

 
                                                                                  
 
 
A travers l'existence de Raymond, Daniel découvre le monde de l'exclusion.
Il décide alors de consacrer son temps à tous ces "cabossés de la vie".
 
Quelques temps plus tard, un soir de déprime dans le container de Raymond,
un des SDF lui confie : « Ne nous laisse pas tomber, on croit en toi ».
« Et moi je crois au toit » dit Daniel. L'association « Nous croyons en toit »,
fruit d'un jeu de mots collectif prend corps... La «maison familiale»,
ce sont eux qui la bâtiront! Ils devront rompre avec le chômage
qui les fait mourir peu à peu dans leur tête. Ils forment alors le projet
d'utiliser du bois de récupération pour construire plusieurs maisons communautaires
dans le plus pur esprit du compagnonnage d'autrefois.
 
 


Au fil des mois, le village de "nous croyons en toit"
composé de conteneurs empilés a pris ses quartiers dans le port
et a été agréé "chantier d'insertion". Une quinzaine de chômeurs longue
durée en grande difficulté est embauchée sous contrat emploi solidarité
et encadrée par un formateur technique. N'ayant rien, l'association
a besoin de tout : bois, ferraille, outils mais aussi camions
et conseils techniques. Un important réseau d'entreprises
                                                                  se solidarise du projet et contribue à sa réussite.


 
 
Sur un terrain offert par le Port Autonome, une équipe achève de construire
la première des trois maisons communautaires destinées à des personnes sans domicile.
Les collectivités locales sont impressionnées et subventionnent largement
ce véritable terrain d'apprentissage. Des articles de presse, des prix divers
couronnent l'expérience pour son caractère innovant. La crédibilité
de l'action se renforce. Le budget frôle les trois millions de francs par an.
Après avoir donné l'impulsion de départ, le protagoniste de l'histoire estime
que le projet est sur les rails et ne lui appartient plus. Il quitte l'association
en juin 1997 mais l'aventure continue.
 



Pourtant, l'expérience n'est pas sans difficultés. Les exclus sont fragiles
et ont oublié que la vie avait des règles. Le pari s'avère délicat:
comment prétendre construire des maisons avec des personnes non qualifiées
et déstructurées en maîtrisant les multiples compétences des métiers
du bâtiment : carreleur, plombier, maçon, couvreur...« Un jour, ils viennent, un
autre jour,ils ne viennent pas ...» Les responsables doivent s'adapter
au cas par cas, faire preuve de patience et de pédagogie.

 
 

 

Le documentaire nous fait découvrir des personnages encore remplis d'énergie
malgré les difficultés dans lesquelles ils se débattent. C'est ainsi que nous
rencontrerons Dédé qui a pris l'initiative de construire la maquette de la première
maison de ses propres mains à partir des plans laissés par l'architecte.
 
Pour Raymond, l'habitation dans un conteneur fait désormais partie du passé.
Il n'attendra pas la fin du chantier de construction des maisons communautaires
pour vivre dans un véritable logement. L'association lui a trouvé un petit appartement
dans le quartier de la zone portuaire, le premier logement décent de toute sa vie. Quand nous
avions filmé Raymond en 97 en train de glaner des trésors dans les poubelles du port,
nous ne donnions pas cher de sa sédentarité nouvellement acquise, persuadés
 qu'il ne supporterait pas sa nouvelle vie.
 
 


Les responsables du projet nous avaient confié : « Ce seront de vraies belles maisons en bois.
Avec une grande cheminée, une salle pour jouer aux cartes ou regarder la télé.
Pour la décoration intérieure, tout le monde pourra mettre son grain de sel.
On ne veut pas que les gars se retrouvent dans une sorte de foyer, un truc anonyme
et froid. Ils en ont trop vu ». Les maisons seront des maisons de convalescence... avant de retrouver
 un vrai travail et un vrai logement.


 
 


En Juin 2001, le centre d'hébergement ouvrait ses portes et accueillait
une vingtaine de personnes socialement démunies.
 
7 ans plus tard, nous sommes revenus sur les lieux de cette expérimentation.
La suite, c’est donc la deuxième prise qui la raconte…